Aliment zéro céréales et cardiopathie 2e étude

L'annonce de la FDA à la mi-2018 d'un lien possible entre alimentation 'zéro-céréales', et donc aliments du commerce à forte teneur en protéines de légumineuses, et apparition de cardiomyopathie dilatée (CMD) chez des chiens de races non prédisposées a bousculé un marché en pleine progression.

1531 zTaux d'incidence annuel moyen (pointillés rouges) des cardiomyopathies dilatées de chiens diagnostiquées pour la première fois, pour 14 structures vétérinaires spécialisées en cardiologie et ayant fourni des données rétrospectives sur 4 à 19 ans (chaque couleur représente une même structure – d'après Quest et coll., 2020)

  • En l'absence de base de données nationale et de partage routinier de données entre spécialistes de cardiologie, une étude rétrospective a cherché à évaluer si le taux d'incidence des CMD a augmenté depuis que cette mode alimentaire a 'explosé'.
  • Alors que la proportion de chiens recevant cette alimentation a quintuplé en 10 ans, le taux d'incidence des CMD ne varie pas, autour de 3,8 % des patients de cardiologie (sur plus de 67 000 patients dont les auteurs ont obtenu les données).

Les auteurs soulignent qu'il n'y a donc probablement pas de corrélation entre cette alimentation et la survenue de CMD, mais reconnaissent qu'il faudrait une confirmation à plus large échelle, puisque leur étude couvre moins de 10 % des cardiologues canins américains

L'étau se desserre autour des régimes alimentaires canins sans céréales et à base d'aliments du commerce à teneurs élevées en protéines végétales. Une alerte avait été lancée en juillet 2018 aux USA par la Food and Drugs Administration (FDA), suite à la déclaration de cas de cardiomyopathie dilatée (CMD) chez des chiens n'appartenant pas à des races prédisposées. La FDA avait actualisé la suspicion moins d'un an plus tard (voir CMD-0 Céréales), fournissant des chiffres (560 chiens et 14 chats) et pointant que plus de 90 % de ces cas consommaient un aliment “zéro céréales” du commerce à teneur élevée en protéines de légumineuses. Deux études récentes d'une même équipe ont été publiées en juin et septembre, qui visent à détendre le lien de causalité entre ces régimes alimentaires et la survenue des CMD. Dans les deux cas, le dernier auteur est une cardiologue vétérinaire travaillant dans une structure de consultance pour l'industrie du petfood.

Mode : + 500 %

Dans l'étude la plus récente, publiée fin septembre sous forme de manuscrit, les auteurs ont demandé à leurs confrères cardiologues de partager les dossiers électroniques médicaux des patients dont ils auraient diagnostiqué pour la première fois une CMD, entre 2000 et 2019. Leur hypothèse était que si un lien de causalité existe entre ce type de régime alimentaire et CMD, l'incidence de ces dernières devrait augmenter sur la période où cette mode s'est développée. Car « sur la période 2011-2019, les ventes de ces aliments ont progressé de 500 % ». En 2011, 2 % des 78 millions de chiens aux USA recevaient ces aliments ; en 2019, cette proportion est estimée « entre 10 et 40 % des 90 millions de chiens ». L'écart (10 à 40 %) vient du calcul prenant en compte les parts de marché de ces aliments, plutôt que le montant des ventes. Le marché de ces aliments est passé de 0,9 à 5,5 milliards de dollars en valeur.

Pas d'augmentation globale

Les auteurs ont donc contacté 36 structures de référés ayant une activité en cardiologie à travers les USA : 14 ont accepté de participer à l'étude rétrospective, une seule étant à même de fournir les données sur 19 ans, les autres fournissant au mieux 5 années de données (67 243 cas en tout). Pour trois d'entre eux, les races des chiens concernés ont été fournies, que les auteurs ont classées en 6 catégories : ‘prédisposées', ‘petites' (<13,6 kg), ‘retrievers', ‘croisés', ‘autres' et ‘non précisé'. Ces données couvraient 2004-2019 et 68 races étaient représentées. Un hôpital a aussi fourni les âges des cas (classés en avant 7 ans ou 7 ans au moins). L'incidence moyenne annuelle des CMD est de 3,83 %, avec un intervalle allant de 2,41 à 5,65 % (proportion au regard des patients de cardiologie, pas en population générale). L'analyse multivariée, comprenant la totalité des sites participants, n'identifie pas de hausse ni de baisse de ce taux sur la période (p =0,85). Lorsqu'ils calculent la tendance par structure de référé, 7 sites voient une progression à la baisse (pente de -0,1115, p=0,019) et 6 des 7 autres à la hausse (pente de -0,0563, p=0,27).

Oui pour les croisés

L'analyse des données de races canines (2 structures, sur 15 ans) n'identifie pas d'augmentation significative pour les races non prédisposées, mais :

  • fournit des tendances à la hausse en limite de signification pour les petites races (p=0,055) et les ‘autres races' (p=0,053) ;
  • fournit une tendance significativement à la hausse pour les ‘croisés' (p=0,023).

Cela rejoint les observations transmises par la FDA sur l'augmentation de cas de CMD dans des races « atypiques », mais ne suffit pas à établir un lien de causalité. Pour les âges (une structure, sur 15 ans), les auteurs observent un vieillissement progressif des patients en cardiologie, mais « les patients à CMD étaient systématiquement plus jeunes que les autres patients canins de cardiologie ». Leur âge suit la même évolution haussière, alors que la mode alimentaire concernant les jeunes animaux il aurait été envisageable d'observer une réduction de l'âge à la découverte de CMD, argumentent les auteurs. Au bilan, alors que la proportion de chiens recevant une alimentation du commerce “zéro céréales” a quintuplé en 10 ans, le taux de CMD n'a pas varié, ce qui « n'est pas en faveur d'une corrélation entre les deux » phénomènes. Les auteurs reconnaissent qu'ils n'ont réussi à compiler les données que de moins de 10 % des cardiologues spécialistes américains, mais soulignent qu'il s'agit de la base de données la plus volumineuse sur l'affection.

Partage de données

Il reste possible que ces données ne soient pas représentatives de la tendance qu'observeraient la majorité des cardiologues, et les auteurs en appellent à un partage plus massif des données. C'est aussi la conclusion du second article, publié à la mi-juin, qui est une revue de la littérature consacrée aux CMD. « Pour prévenir les biais d'échantillonnage au sein des rapports actuels de la FDA [sur ce même sujet], la communauté vétérinaire devrait se voir demander de transmettre des informations pour tous les cas de CMD canine. Cela pourrait comprendre des cas survenus sur une même période temporelle, indépendamment de l'étiologie proposée par le praticien, du fait de l'absence d'association certaine entre régimes alimentaires spécifiques ».

En savoir +

“Incidence of canine dilated cardiomyopathy, breed and age distributions, and grain-free diet sales in the United States from 2000-2019: A retrospective survey.” Manuscrit placé en ligne le 28 septembre 2020 (35 p.), librement accessible.
“Review of canine dilated cardiomyopathy in the wake of diet-associated concerns.” Journal of Animal Science, 2020, vol. 98, n° 6, 20 p. Article (en anglais) en libre accès.

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