Trois histoires de BARF

Trois articles récents décrivent des incidents nutritionnels ou risques sanitaires liés aux aliments crus ménagers.

BarfLes  études  sur  la  qualité microbiologique  des  aliments carnés  crus  destinés  aux  animaux  de compagnie  se succèdent  et soulignent à  la fois l'importance  de  l’hygiène dans  leur  manipulation  par les  maîtres,  mais  aussi  plus ponctuellement les carences nutritionnelles possibles (cliché : wikimedia) 

Un article britannique décrit un ensemble de carences nutritionnelles sévères chez un chiot (et probablement sa portée) alimenté de 4 à 7 mois avec une ration ménagère crue.

Un article italien analyse la qualité microbiologique de 21 produits BARF congelés achetés en ligne. La fréquence élevée de Listeria et Salmonella, mais aussi la présence d'E. coli O157:H7 représentent un risque, ne serait-ce que pour les propriétaires.

Un article australien a enquêté sur l'origine de la contamination d'une chatterie par l'agent de la fièvre Q… et identifie la présence de ce pathogène dans les produits à base d'abats et de viande de kangourou.

Trois  articles  publiés  sur  les  deux  derniers  mois  viennent  mettre  en  lumière  les  risques,  nutritionnels  et sanitaires, liés à la mode des aliments crus dits biologiquement appropriés (biologically appropriate raw food, BARF).


Carences nutritionnelles


Le  premier,  britannique,  décrit  « des  carences  nutritionnelles  sévères  et  de  l'ostéopénie liées  à une ration ménagère  crue ».

Il  s'agit  d'un  bouledogue  anglais  de  7  mois,  mâle  entier,  qui  « présentait  depuis  trois semaines l'installation progressive de léthargie, intolérance à l'exercice, parésie des membres postérieurs, amyotrophie et hyperesthésie ».

Il était même « incapable d'adopter une posture normale pour déféquer ». Ses vaccins étaient à jour, et les traitements antiparasitaires correctement effectués. C'est l'éleveur qui l'a présenté à la faculté vétérinaire d'Edimbourg, où les cliniciens l'ont placé sous oxygène dès son admission du fait  d'une  « pneumonie  sévère »  mais  aussi  « syndrome  obstructif  sévère  des  brachycéphales »…

Les premiers  examens  ont  identifié  une  ostéopénie  « sévère  et  généralisée ».  Les  analyses  suivantes  ont également  révélé :  « une  hypovitaminose  D  sévère  [25-hydroxyvitamine  D  totale  <4  nmol/l],  une hypovitaminose A, hypocalcémie, hyperparathyroïdie et hypothyroïdie ».

 
Portée : 5 morts sur 7

 
La mère de cette portée recevait une ration ménagère crue : « viande provenant chaque semaine d'un abattoir local, céréales [riz] cuites à domicile et légumes » (dont broccoli), sauf sur le dernier tiers de gestation, où l'éleveuse l'avait alimentée avec un aliment du commerce pour chiots… La chienne a d'abord allaité ses chiots, 
mais est tombée malade et l'éleveuse a pris le relais avec un lacto-remplaceur du commerce.

Quatre des chiots de la portée de 7 sont décédés (un présentant de l'hydrocéphalie), les autres ont été alimentés avec un aliment chiot, d'abord humide puis sec, jusque 4 mois d'âge. A cet âge, sur une vidéo montrée aux cliniciens par la suite, le chiot malade à 7 mois « présentait [alors] une morphologie et une démarche normales ». C'est à partir de cet âge que l'éleveuse a « réalisé une transition pour la ration ménagère de la chienne ».

La prise en charge de l'animal (oxygénothérapie, antibiotiques, antalgiques, alimentation liquide par sonde, vitamine D et thyroxine) a permis de stabiliser son état pendant quelques jours, mais celui-ci s'est détérioré au 4 e  jour et la propriétaire a choisi de recourir à l'euthanasier au 5 e  jour d'hospitalisation. Les carences nutritionnelles en vitamines D et A, mais aussi en iode, expliquent « probablement » le tableau clinique de l'animal.

Pour les auteurs, qui n'évoquent pas le statut de la chienne, « ce cas rappelle que l'histoire alimentaire complète [des patients] devrait toujours être recueillie, et une analyse alimentaire réalisée » (ce qu'ils n'ont pas fait).

Achats en ligne 


La seconde histoire est italienne : des microbiologistes alimentaires de l'université de Parme ont acheté en ligne 21 aliment BARF congelés  « auprès de trois des vendeurs les plus populaires en Italie ». La viande présentait les garanties « de qualité hygiénique européennes », issue d'animaux élevés et abattus en Italie ou en Allemagne.

Les produits contenaient différents types de viandes : « 100 % muscle de lapin », « 100 % cous de poulets », ou encore « 100 % tripes de bœufs », « 40 % larynx de bœuf bio, 40 % de tripes et 20 % de mamelle »…  « Aucun  des  produits  ne  présentait  d'instructions  de  décongélation ».

Les  auteurs  les  ont décongelés à 4° C, puis ont prélevé de petites portions (25 g par analyse microbiologique).

Niveaux élevés de contamination


Les dénombrements de bactéries aérobies variaient selon les produits d'un facteur 100, de 4,2 10 4  UFC/g (produit à base de 75 % de carcasses de volailles et 25 % d'abats de poulets) à 3,8 10 6  UFC/g (produit à base de 100 % de viande de cheval). C'est conforme à la réglementation, qui prévoit un seuil maximal pour le steak 
haché et les viandes séparées mécaniquement de 5 10 6  UFC/g.

Le dénombrement des coliformes variait d'un facteur 10, de 1,7 103 à 7,2 104 UFC/g (produits à base de 100 % de carcasses et cous de poulets bio, et à base de 40 % larynx de bœuf bio, 40 % de tripes et 20 % de mamelle,  respectivement).  Les  coliformes  sont  un  indicateur  de  contamination  fécale  et  témoignent  de  la qualité hygiénique du produit. Ici, les valeurs sont « comparables à celles trouvées dans d'autres études » sur des produits BARF. 

Dans un peu moins du quart des produits échantillonnés, il y avait présence d'E. coli O157:H7 (23 %). Comme la dose infectieuse minimale pour les humains est <50 cellules/g, « la simple manipulation de ces aliments pourrait exposer les propriétaires à un risque pertinent d'infection ».

De plus, 80 % des E. coli portaient au moins un gène de résistance aux ß-lactamines à spectre élargi (BLSE+), indiquant « que le recours aux produits BARF pourrait participer à disséminer des gènes d'antibiorésistance ».

Enfin, les auteurs isolent une Listeria monocytogenes de 90 % des produits, une Salmonella de 71 % des produits  et/ou  un  Campylobacter  de  29  %  d'entre  eux.  Ce  qui,  pour  les  deux  premiers  pathogènes,  est particulièrement élevé et représente à nouveau un risque pour les propriétaires, à la fois via la manipulation 
de l'aliment cru et des gamelles, mais aussi via l'excrétion fécale des chiens.

Les  auteurs  proposent  donc  que  l'UE27  mette  en  place  une  réglementation  indiquant  des  seuils  de contamination microbiologique pour ces produits. 

De la fièvre Q à la… fièvre K ?


La dernière histoire est plus courte et australienne… Mais identifie l'agent de la fièvre Q dans des produits BARF à base de viande de kangourou, dans le cadre d'une enquête sur l'origine de la contamination de chats dans  un  élevage  fermé  (en  Australie,  les  chats  n'ont  pas  accès  à  l'extérieur).  Les  auteurs  ont  acheté  58 échantillons de barquettes de viandes BARF « exclusivement destinées à l'alimentation des carnivores de compagnie » et « essentiellement constituées de viande de kangourou » (47/58) dans des points de vente au détail autour de deux campus de la faculté vétérinaire de Sydney. Elles ont été achetées sur une période de 3 mois, et avaient 7 provenances différentes. Une partie était constituée de viande (muscle) hachée (n=25) et l'autre d'abats (n=33). Treize marques étaient représentées et l'enquête ne recherchait que Coxiella burnetii en PCR (sur 3 gènes de la bactérie).

Un peu moins de la moitié des produits étaient positifs en PCR (43 %), mais la moitié (49 %) en ne prenant en compte que ceux à base de viande de kangourou. Les abats étaient plus souvent positifs que le muscle (64 et 16 %, respectivement).

Le typage moléculaire de 6 des souches les classe dans le même groupe génétique « que des souches de C. burnettii issues de cas cliniques humains ». En attendant des investigations plu poussées sur la transmission alimentaire e cette bactérie chez le chat… et chez l'Homme, les auteurs « souligne[nt] que les pratiques d'hygiène à domicile avec l'aliment cru des animaux de compagnie doivent être renforcées ». 

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